Déjeuner seul, la nouvelle liberté de la Gen Z ?

  • Jun. 22, 2026

  • 4  minutes

Longtemps, manger seul en public relevait presque de la faute sociale. On commandait vite, on évitait les regards, on sortait son téléphone pour faire diversion. Aujourd’hui, la scène est devenue banale. Particulièrement du côté de la génération Z qui revendique le repas en solitaire comme un moment choisi. Explications.

Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Selon une étude du spécialiste de la restauration Lightspeed publiée en 2025, 40 % des Français déclarent déjeuner seuls de temps à autre. OpenTable, plateforme mondiale de réservation de restaurants, indique de son côté que 60 % de ses utilisateurs ont réservé une table pour une personne en 2024, soit une hausse de 29 % en deux ans. Chez les millennials et la génération Z, ce chiffre grimpe à 68 %. Le repas solitaire n’est plus perçu comme le signe d’un isolement subi mais comme une expérience recherchée. Sur TikTok, les vidéos de jeunes adultes qui s’offrent un restaurant en solo cumulent les millions de vues.

La pause déjeuner, terrain de fracture générationnelle 

Cette évolution se retrouve jusque dans les entreprises. Selon une enquête menée par Openeat et Flashs, 29 % des moins de 25 ans préfèrent déjeuner seuls pendant leur pause de midi, contre seulement 12 % des salariés de plus de 49 ans. Les 25-34 ans sont également nombreux à privilégier ce temps en solitaire (22 %). Le constat irrite parfois les générations plus âgées. Pour beaucoup de managers, le déjeuner reste un moment essentiel de socialisation professionnelle. L’étude révèle ainsi que 82 % des Français considèrent la pause déjeuner comme un levier de renforcement des relations au travail. Mais, dans le même temps, sept salariés sur dix estiment que cette parenthèse sert avant tout à se ressourcer. Deux visions du déjeuner semblent alors s’opposer. D’un côté, un temps collectif, propice au réseau informel et à la cohésion d’équipe. De l’autre, un moment de récupération individuelle, protégé des interactions professionnelles. 

Des espaces de travail qui s’adaptent

Pour David Lanter, directeur Space Design Restauration et Tertiaire chez Sodexo, il serait pourtant réducteur de voir dans cette tendance une rupture radicale avec les habitudes françaises. « Le format de la restauration très conviviale, sociale, comme on l’a toujours connu, reste très présent en France », rappelle-t-il. Le déjeuner demeure un moment important de la journée, bien différent des pauses plus courtes, devant ordinateur, observées dans de nombreux pays anglo-saxons ou nord-européens. Mais les usages évoluent. Télétravail, horaires flexibles, mobilité accrue : les salariés sont moins captifs du restaurant d’entreprise et composent davantage leur journée à la carte. Certains déjeunent avec leurs collègues, d’autres s'achètent un repas à emporter au restaurant d'entreprise et sortent ou préfèrent s’installer seuls. Cette diversification des pratiques transforme même l’architecture des lieux de travail. « Il y a quinze ans, les places solos étaient très rares. Aujourd’hui, elles sont plus nombreuses et surtout assumées », explique David Lanter. Fini les tables isolées reléguées dans un coin. Les espaces individuels sont désormais installés dans des zones lumineuses, souvent avec vue, prises électriques et environnement confortable. Les entreprises développent également des espaces hybrides mêlant café, coworking et restauration. Des lieux où l’on peut travailler, déjeuner puis reprendre son activité sans changer d’endroit. « Le lieu s’adapte aux nouveaux usages et non l’inverse », résume le designer.  
Alors, déjeuner seul : individualisme ou nouvelle manière d’être ensemble ? Disons une sociabilité choisie plutôt qu'institutionnalisée !