Externaliser sans délocaliser : La Fabrik à Couture, un atelier de professionnels

  • May 21, 2026

  • 3 min

En 2025, au sein de l’établissement pénitentiaire d’Argentan (Orne), ouvrait La Fabrik à Couture, un atelier de travail piloté par Sodexo. Dispositif d’insertion, cet atelier est avant tout un outil de production opérationnel, conçu pour répondre aux exigences des entreprises en matière de qualité, de délais et de compétitivité.

La Fabrik à Couture

Sur un espace de 300 m², une vingtaine de machines (piqueuses, surjeteuses, tables de coupe) composent un atelier qui ne dépareillerait pas dans l’industrie textile classique. Sous la supervision d’un chef d’atelier et d’une contredame, les détenus se forment à la couture industrielle. Sellerie, linge de maison, accessoires automobiles ou chaussons : les productions varient, les savoir-faire se consolident. 

L’activité s’inscrit dans une chaîne économique tangible. Depuis l’ouverture de l’atelier, la PME normande Calomatech y sous-traite une partie de sa production : des housses textiles techniques destinées à l’isolation de canalisations, dans le cadre du calorifugeage. Une activité discrète mais stratégique, à l’heure où la réduction des pertes énergétiques s’impose comme un impératif. 

Des bénéfices multiples

À l’origine de ce partenariat se trouve un appel d’offres lancé par Sodexo pour isoler les canalisations du centre pénitentiaire. Calomatech y répond en proposant de sous-traiter les coutures extérieures des produits d’isolation à la Fabrik à Couture. « Notre client est ainsi devenu notre fournisseur », résume Gwenaël Breton, Directeur Général de Calomatech. Sur les 3 000 pièces produites chaque mois, près de la moitié sort désormais des machines d’Argentan. 
Pour l’entreprise, les bénéfices sont multiples. Les délais sont respectés, la qualité jugée satisfaisante grâce à un double contrôle, en atelier d’abord puis dans l’entreprise. « Les équipes ont été formées, un cahier des charges précis a été établi. Depuis plusieurs mois, la production est régulière », souligne le dirigeant. L’atelier pénitentiaire offre également une solution d’externalisation sans délocalisation, précieuse pour une PME en croissance. 

Une démarche sociale 

Mais c’est sur le plan social que l’initiative trouve sa portée la plus ambitieuse comme l’explique Gwenaël Breton. « C’est aussi un atout de participer à fournir du travail à des personnes, dans une démarche de réinsertion professionnelle. J’ai eu l’occasion de visiter l’atelier à plusieurs reprises ce qui m’a permis de discuter avec un employé. Il me disait qu’il était très heureux de faire de la couture. Et que son ambition le jour où il sortait de prison était de continuer à faire de la couture et même de créer sa marque. Cette démarche peut nourrir des projets chez des personnes dont la situation n’est pas optimale ». Le carnet de commandes, lui, reste fourni : plus de 12 000 pièces à produire, dont plusieurs milliers destinés aux établissements gérés par Sodexo. De quoi assurer l’activité de l’atelier et, peut-être, infléchir quelques destinées.