La deuxième mission des CIE porte sur la mise en place des dispositifs d'évaluation et de reconnaissance de l'employabilité, en étroite collaboration avec l'administration pénitentiaire et en gérant l'interface avec les instances de classement.
Les candidatures sont centralisées par l'administration pénitentiaire, puis examinées. Une fois par mois, les postes vacants sont affichés dans les bâtiments. Les détenus doivent formaliser leur demande par écrit. « Ils rédigent une lettre de motivation, ce qui permet déjà d'évaluer certaines compétences. » Les entretiens, menés conjointement par un conseiller et un représentant de l'administration, visent notamment à apprécier le niveau de langue et les capacités de compréhension. « Pour certains postes, comme à la cantine, il est indispensable de savoir lire et compter. »
Les profils sont ensuite proposés à la direction de l'établissement, seule décisionnaire en matière d'affectation. « Nous essayons d'orienter les personnes en fonction de leurs aptitudes, mais aussi des besoins des services », souligne la conseillère. Ce suivi apparaît d'autant plus indispensable que le niveau de qualification des personnes détenues reste faible. Selon l'Observatoire international des prisons, 44 % d'entre elles n'ont aucun diplôme, plus de 80 % ont un niveau inférieur au baccalauréat et environ 10 % sont en situation d'illettrisme.
Animation et suivi
La troisième mission des CIE recouvre la planification et l'animation des accueils collectifs et des entretiens individuels, ainsi que le suivi administratif complet des dossiers : constitution, rédaction des contrats de travail pénitentiaire (CPE), traçabilité, reporting auprès de l'administration pénitentiaire et archivage.
Les contrats de travail pénitentiaire sont établis par les conseillers via un logiciel dédié. Dans les services généraux, ils prennent le plus souvent la forme de contrats à durée indéterminée, tandis que les ateliers fonctionnent majoritairement avec des contrats à durée déterminée, afin de s'adapter aux fluctuations de l'activité. Dans ce cas, le contrat est tripartite, associant l'administration, Sodexo et la personne détenue.
À l'issue de leur activité, une attestation de travail est remise aux détenus, susceptible d'être prise en compte dans le cadre d'une demande d'aménagement de peine. À Lutterbach, entre 100 et 110 détenus travaillent chaque mois pour les services généraux et près de 50 à l'atelier.
Pour Sophie Amrhein, l'enjeu dépasse la seule occupation du temps carcéral. « Le travail permet de recréer des repères », observe-t-elle. « Certains détenus nous disent que cela les aide à se projeter dans une vie ordinaire à leur sortie. » Première conseillère d'insertion à l'emploi dans un établissement pénitentiaire, Sophie a contribué à la formation de ses collègues, au nombre de dix aujourd'hui.